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L'étape fatidique approche pour Jimmy Energy. La start-up concevant un SMR pour fournir de la chaleur industrielle bénéficie d'une nouvelle levée de 40 M€ et d'une subvention de 40 M€ supplémentaires décrochée dans le cadre de la phase 2 du programme « réacteurs nucléaires innovants » de France 2030. Le tout servira à porter la société jusqu'au lancement de la construction d'un premier réacteur à horizon 2028-2029. Pas de fonds d'infrastructure pour l'instant présent dans le tour — comme éventuellement envisagé lors du précédent de 15 M€ en 2022 — mais un investisseur au profil evergreen : Crédit Mutuel Impact est le meneur à travers le Fonds Révolution Environnementale et Solidaire, abondé par le dividende sociétal de Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Il est suivi d'Ademe Investissement ainsi que des historiques Eren Groupe, Noria, Polytechnique Ventures et Otium Capital.
Redimensionnement du réacteur
Plusieurs importants jalons ont déjà été atteints par la start-up du nucléaire. Jimmy Energy a déposé en 2024 son dossier de demande d’autorisation de création (DAC) pour un projet de générateur thermique pour le site industriel de la coopérative agricole Cristal Union à Bazancourt (Marne). Et l'année dernière, il a obtenu le permis de construire de sa plateforme industrielle de douze hectares au Creusot (Saône-et-Loire) - un lieu où il compte tester et préparer ses équipements et s'entraîner à piloter des chantiers. Le design de son unité de production de chaleur a par ailleurs été changé l'année dernière, sa puissance augmentant de 20 MWth à 60 MWth. « En raison des coûts fournisseurs, d'une taxe carbone qui n'augmente pas et d'un coût du gaz longtemps resté stable — avant le début de la guerre en Iran — il a fallu changer le point de fonctionnement pour s'assurer d'une énergie compétitive, même dans le scénario de prix d'une énergie stable à long terme », explique Antoine Guyot, le président. Ce redimensionnement a réduit le nombre potentiel de clients de Jimmy. Environ 90 sites industriels sont toutefois encore concernés en France et 700 en Europe. La grande échéance est l'obtention de l'autorisation de création par l'ASNR, visée en 2028.
100 à 200 M€ par réacteur
La reconnaissance par l'État du sérieux du projet porté par Jimmy Energy, durant l'audit de neuf mois, a fortement joué dans la conviction des investisseurs à soutenir la start-up — le volet equity précède la subvention, mais les processus pour les deux sont totalement indépendants. « La capacité de la société à revoir son design démontre qu'elle est plus avancée que d’autres et constitue une marque de courage, de lucidité et de sérieux », note Benoit Herrmann, directeur d'investissement chez Crédit Mutuel Impact. La jeune pousse du nucléaire de 80 salariés, ayant décroché sa subvention simultanément à Calogena (filiale du groupe Gorgé), prévoit la mise en fonction de son réacteur à horizon 2031. Il lui faudra trouver de quoi financer la construction ; le coût unitaire est actuellement estimé entre 100 et 200 M€. Jimmy a l'avantage de présenter des risques technologiques modérés, le modèle HTR (High Temperature Reactor) utilisant des particules de combustible TRISO et de l'hélium comme fluide caloporteur ayant déjà été mis en service en Chine (Centrale de Shidao Bay ; HTR-PM), alors que d'autres projets sont en cours de développement en Chine (Xuwei...) et aux États-Unis (Xe-100...).








