
© Adobe Photo Stock (généré à l’aide de l’IA)
Très rares sont les jeunes pousses européennes levant 890 M€ en phase de venture ou de growth. Mais y parvenir lors d'une première ouverture de capital est inédit, au moins hors des États-Unis où Thinking Machines Lab et Safe Superintelligence, deux entreprises fondées par des anciens d'OpenAI, ont fait mieux. C'est pourtant la performance réalisée par AMI Labs, fondée par six anciens de Meta emmenés par son patron de l'intelligence artificielle jusqu'en novembre 2025, Yann LeCun. La taille de ce tour d'amorçage place d'emblée l'entreprise dans le cercle des licornes, avec une valorisation post money de 3,88 Md€. En comparaison, Mistral, autre pépite française de l'IA, n'avait pas atteint, et dépassé, ce niveau de valorisation avant sa série B.
Investisseurs de trois continents, financiers et industriels
Les investisseurs d'AMI Labs, apportant deux fois plus que le montant recherché, viennent d'Europe, des États-Unis et d'Asie. Les cinq fonds meneurs illustrent en partie cette diversité géographique puisqu'il s'agit du français Cathay Innovation, de l'allemand HV Capital, du britannique Hiro Capital et des américains Greycroft et Bezos Expeditions du patron d'Amazon. La start-up parisienne, aussi implantée à Montréal, New York et Singapour, fait entrer également New Legacy Ventures, Temasek, Softbank Ventures Asia, et Alpha Intelligence Capital, fonds thématique pionnier de l'IA labellisé Tibi ayant fait venir plusieurs gros investisseurs asiatiques, et Bpifrance Investissement. Les fonds corporate et family offices sont bien représentés dans l'actionnariat, à l'image de l'Association Familiale Mulliez, de Groupe industriel Marcel Dassault, d'Aglaé Lab et Artémis (Bernard Arnault), de Zebox Ventures (CMA-CGM), Publicis ou encore Samsung. Beaucoup de LPs co-investissent avec leurs VCs dans des véhicules ad hoc. Citons enfin la participation de l'homme d'affaires américain Marc Cuban, de Xavier Niel, du VC Jim Breyer, de l'un des inventeurs du Web Tim Berners-Lee et sa femme, de Mark Leslie et Daphni pour un ticket moindre. Le tour, bouclé la semaine dernière, mêle fonds propres et quasi fonds propres
Alexandre Lebrun pour passer de la R&D au produit
AMI Labs débute tout juste son parcours, ayant constitué une équipe et commençant à recruter. Yann LeCun a confié les rênes à Alexandre Lebrun, entrepreneur avec qui il a travaillé chez Meta. Le nouveau dg a derrière lui plusieurs créations, et parfois reventes, de start-up : Virtuoz, développeur d'agents virtuels cédé à Nuance en 2013, Wit.ai (commande vocale) racheté par Meta en 2015, et Nabla, éditeur de solutions d'IA pour les médecins au stade de la série C. Certains investisseurs l'ont suivi dans sa nouvelle aventure, comme Cathay Innovation et HV Capital, actionnaires de Nabla. Les autres fondateurs incluent Saining Xie (ex Meta Fair et Google Deepmind), Pascale Fung (ex Fair), Michael Rabbat (ex Fair) et Laurent Solly (ex Meta). « La levée permet de financer des recrutements dans les quatre bureaux où la société est présente, et bien sûr d'acheter de la puissance de calcul. C'est un projet très ambitieux, early et basé sur la recherche, mais ce n'est pas un laboratoire. Ses travaux auront des applications concrètes pour les entreprises », insiste Arnaud Barthélémy, associé et dirigeant d'Alpha Intelligence Capital, comptant parmi ses conseillers Yann LeCun et Pascale Fung.
L'IA du monde réel
La licorne se positionne non pas sur les LLM (grands modèles de langage développés par OpenAI, Anthropic, Google, Meta et Mistral parmi d'autres) au cœur de l'intelligence artificielle générative, mais sur les world models destinés à faire sortir l'IA des écrans et se consacrer au monde réel, en utilisant les données issues de capteurs divers à commencer par la vidéo. « De la création de contenu au traitement des données, les LLM ont profondément transformé le monde numérique avec une efficacité redoutable. À présent, la prochaine étape consiste étendre cette puissance d’innovation au monde physique, estime Denis Barrier, associé de Cathay Innovation dont le fonds 3 s'est bouclé à près d'1 Md€. À cette échelle, il ne s’agit plus seulement d’optimiser, mais de créer de l’abondance et d’ouvrir des perspectives jusqu’ici jamais vues. Ce basculement est réalisable grâce aux "world models", qui permettent de comprendre les relations de cause à effet, d’anticiper les conséquences d’une action et de planifier de manière fiable dans des environnements soumis à des contraintes réelles. » Une IA plus intelligente donc, mais qui n'en est encore qu'à la phase de R&D, sur un modèle open source. AMI Labs pourra compter sur Dassault, Toyota, LVMH, les sociétés de la famille Mulliez, CMA-CGM, Samsung et Publicis pour entrainer ses modèles et construire ses premiers produits.










